Tempête au Mirage
Deuxième partie de mon aventure, ce nouvel article est le récit d’une après-midi assez mouvementée au Mirage.
Lieu que je recommande, la Poker Room et le casino en lui même étant classes, sans trop en faire non plus, et je m’y suis senti très à l’aise (enfin pas tout de suite
). Effectivement ma session de cash game va assez mal débuter… Je m’assois à une des 2 tables de NL200 ouvertes, en ayant pris soin de regarder avant, celle qui me semble être la plus intéressante. Je prends mon siège et là oups mon regard tombe sur un jeune asiatique, casquette visée sur la tête avec un large sourire, il a vraiment l’air sur de lui, et c’est vrai qu’il avait un bon style, je vais me méfier de lui. Il a certainement flairé que je devais être un touriste, et dans sa tête je peux certainement devenir une cible de choix. La suite de la soirée nous en dira plus sur ces 1ères impressions. A noter que je pense qu’il est important d’avoir très rapidement une impression générale de la table, puis de chaque joueurs ou joueuses qui la compose. Ensuite, j’aime bien effectuer quelques ajustements en cours de la partie, tout en gardant mon fil conducteur. Mes 1ères impressions se révèlent être justes dans 90% des cas.
Petit point technique sur le jeu en cash en live, qui a son importance. La personne au bouton ou en position UTG a la possibilité d’annoncer, avant de recevoir ses cartes, qu’il fait ce qu’on appelle un straddle (appelé mississippi quand c’est effectué au bouton je crois). Cela consiste à effectuer une mise aveugle (généralement du double de la blind, mais le montant de la mise reste libre), et ceci afin de parler en dernier preflop :
- Si le straddle est effectué par le joueur UTG, le tour de mise preflop commence par UTG+1 pour se finir sur UTG
- Si le straddle est réalisé par le joueur au bouton, le tour de mise preflop commence par la SB pour finir sur le bouton
J’ai ainsi découvert que les joueurs américains étaient très friands de ce genre de petites “fantaisies”. A noter que pour ma part je ne les ai pas trop aimé, à moins que ce soit les straddles qui ne m’aiment pas trop, je sais pas
.
Ma session commence par quelques petits vols de pots, en position, ce qui me procure une image assez agressive à la table, et mon stack passe, par la même occasion, de 200 à 250$.
Viens le moment tragique où le joueur UTG annonce “STRAAAADDDDLLLLLEEE” pour 15$. Payé par 3 joueurs, le pot fait déjà 60$ et je retourne QQ au CO. Je raise (oui je sais j’ai pris l’accent américain, désolé) à 65$. Et le straddleur (si on peut l’appeler comme ça) me regarde en me disant “tu voles beaucoup de pots (en version anglaise)”, et annonce ALL-IN. Tous les limpeurs se couchent et la parole me revient :
- Le pot fait 250$ (mon tapis car le straddleur me couvre) + 3*15$ des limpeurs et 65$ de ma relance = 360$. J’ai 180$ à rajouter pour gagner 360$, donc une côte de pot de 1:2
- 70 % du temps il va avoir KK ou AA (je descends jusqu’à 70% du fait que j’avais une image agressive, sinon ce serait plus 80-85%). Ceci ne reste qu’une estimation après le coup…
- Il va avoir 10-JJ, dans 10% des cas, AK 10 % aussi je pense, AQ très peu souvent (3-4% peut être), et QQ pour 2%
- Le reste de sa range est constitué de mains que je domine assez fortement comme des petites paires, ou des suited connectors comme J10S, KQs, pour environ 4-5% restants…
Si on fait un rapide calcul ça fait :
- 70% du temps oui je suis dominé à 4.5:1 (0.7*0.18 = 0.126) contre KK ou AA
- 10% ou c’est je domine à 4.5:1 (0.1*0.82 = 0.082) son JJ-10-99….
- 10 % où je joue un flip en étant légèrement favori contre son AK à 1.2:1 (0.1*0.55 = 0.055)
- 2% du temps je domine son AQ (suited ou non change un peu le calcul) à 2:1 soit (0.02*0.66 = 0.0132)
- et enfin je domine le bas de sa range 5% du temps, en étant favori en moyenne à 3:1 (0.05*0.75 = 0.0375)
Ce qui fait (si on additionne tout, sisi je l’ai fait), que je gagnerai 31% du temps face à sa range de mains estimées, soit une côte d’environ 1:2.2.
La côte du pot est inférieure à la cote estimée, donc je dois FOLD, mais sur le coup j’annonce CALL. Le joueur adverse me montre AA “sur un straddle c’est un joli cadeau”, sa main tient et je perds 1 cave. Ce sont les aléas du “métier”, donc je recave tout de suite à 200$. Je continue ma stratégie de rester agressif, même si ce petit coup me tracasse un peu, stratégie qui avait bien fonctionné jusque là.
Arrive un 2nd coup intéressant. Une joueuse, qui vient de gagner plusieurs coups de suite, effectue un limp en UTG, un autre joueur paie et je relance pour 12 $ avec 1010 depuis le CO. Elle paie, et le 2nd joueur se couche. Flop 4h6s8h. Elle checke, je value-bet mon overpaire à 16$, pour avant tout la protéger des tirages, et là SURPRISE, elle check-raise à 40$… J’estime qu’il est un peu tôt dans le coup pour lâcher ma main, et il reste encore très probable qu’elle soit sur l’un des tirages. Je paie pour ré-évaluer ma main au turn, en étant en position.
Le turn est un Js. Elle checke et je décide de checker derrière, pour essayer de garder la taille du pot raisonnable pour la force de ma main, quitte à lui donner une carte gratuite. La river est une Qs. Les tirages du flop ne sont pas rentrés. Le pot est d’environ 110$ et elle mise rapidement 80$ en me fixant du regard. J’entre en réflexion, quasi méditation, et me refait la main dans la tête. Sa ligne de jeu ne colle pas trop pour que sa mise river soit un value-bet, à part KhQh-AhQh. Ma ligne de jeu assez passive peut l’avoir poussée à me bluffer, et ma 1ère impression était qu’elle pouvait fortement être sur un tirage. Je paie et elle me montre 7d8d. Je gagne donc avec mes 10s. A ce moment là, le jeune asiatique sourit, me salue de la tête et me dit NICE CALL. Je suis content, cette bonne lecture devrait m’apporter un peu de respect à la table, car il faut bien l’avouer, les joueurs locaux n’ont pas l’air d’accorder beaucoup de crédit aux petits français…
Je vais ensuite perdre un gros coup, où je fais quinte au turn avec KQ sur board A108 J, mon adversaire partira à tapis avec JJ mais l’As sur la river lui donnera un Full. Je finirai cette session légèrement perdant de 50$, mais plutôt satisfait du jeu pratiqué, et d’avoir réussi à garder une bonne ligne de conduite après avoir perdu très rapidement une cave.
La petite cerise sur le gâteau arrivera lorsque je décide de quitter la table, et après avoir fait un tour aux toilettes (endroit à visiter d’ailleurs, je vous le conseille
). A ma sortie, le jeune asiatique m’interpelle et vient me parler, et me dit que j’ai très bien joué. Compliment, qui me fait venir quelques petits frissons. Venant d’un très très bon joueur comme lui, vivant à Vegas, je peux vous assurer (peut être un peu de façon égoïste), que ça fait beaucoup de bien au moral.
Très long épisode aujourd’hui, le prochain s’intitulera Viva Harrah’s, Viva Las Vegas.
Play the nuts, not the nits. ADNuts
Back to the business
. Tant mieux, servons nous de cette impression de joueur timoré, qu'ont mes adversaires sur moi.
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